Dimanche 15 novembre 2009 à 22:24

Respectabilité - Charme - Douleur

Respectabilité

Il est encore des milieux en Angleterre ou une moustache bien fournie est le signe extérieur d'une respectabilité bien établie. La moustache de mister John H. Smitson était de vénérable espèce de moustaches. Pour que sa moustache trône fièrement sur son visage, Mr Smitson rasait avec le plus grand soin son menton et ses joues.
Il suivait ce faisant un rituel extrêmement précis:
6h06: Mr Smitson, en pyjama de soie et veste d'intérieur de laine, fuyant le froid qui envahis sa chambre, dont il vient d'ouvrir la fenêtre, rentre dans la salle de bain, qu'il partage avec sa femme. Il se plante devant sa glace et inspecte sa moustache. Parfois, il saisi une paire de petits ciseaux et délicatement, coupe un brin mal discipliné.
6h07: Son inspection terminée, Mr Smitson ôte sa veste d'intérieur et le haut de son pyjama, qu'il suspend au portemanteau fixé sur la porte. Il s'asperge ensuite abondamment le visage d'eau chaude.
6h08: Mr Smitson passe ensuite son blaireau sous le robinet d'eau chaude pour en assouplir les poils. Quand celui-ci est bien gorgé d'eau, il le frotte sur son savon à barbe. Il le passe enfin soigneusement sur ses joues, déposant la mousse onctueuse. C'est alors que mister John H. Smitson devient, pour moins de deux minutes, un véritable artiste.
6h10: Mr Smitson s'empare de son rasoir au manche plaqué argent, qu'il tient de son arrière grand-père, en vérifie le fil et le pose sur sa tempe gauche. Il prend sa respiration, comme un athlète avant l'effort et c'est parti: d'un seul coup de rasoir qui parcours en lacets serrés ses joues, son menton et sa gorge, il rend impeccablement glabre son visage entier, à l'exception bien-sur de son imposante moustache.
Il existe peu de gens qui dans le rasage atteignent un jour la virtuosité dont Mr Smitson fait preuve. Et comme il effectue toujours ce geste en privé, les deux seules minutes de la journée ou il fait preuve d'une grâce infinie sont perdues pour le reste de l'humanité. Même Mrs Smitson n'en a jamais rien soupçonné!

Charme

Il est difficile de nos jours, pour la gentry, d'entretenir autant de personnel que par le passé. Les Smitson ne sen sortent pas si mal, qui ont encore deux employés. Le plus ancien est James, le jardinier/chauffeur, qui fait aussi office de maître d'hôtel si besoin, et se charge à l'occasion des menus travaux d'entretien de la maison. Mais la perle de leur domestique, dont ils sont extrêmement fiers, est leur gouvernante: Marie. C'est une cuisinière française, qu'ils ont ramené d'un voyage sur le continent. elle se charge aussi du ménage et le jeudi, en fin de matinée, elle fait la salle de bains de Mr et Mrs Smitson.
Quand elle vide son seau d'eau dans les toilettes commence pour elle une demi journée de congé. Avant de sortir, elle s'enferme dans la salle de bain, enlève doucement ses bas en les faisant rouler le long de ses jambes et s'assoit sur le rebord de la baignoire, la jupe retroussée jusqu'à la taille. Elle se savonne alors les jambes avec ce savon de créateur que Mrs Smitson fait venir tout spécialement d'une boutique parisienne. C'est la le principal avantage de la position de domestique: on a parfois accès en douce à un luxe habituellement réservé aux rupins. Pour pousser le jeu à son comble, elle emprunte alors le rasoir du maître de maison pour se faire les jambes. Cet objet d'un autre temps, initialement destiné à sculpter la respectabilité d'un homme dans son visage, qui devient l'instrument de la coquetterie d'une femme, employée de maison de surcroît, c'est une revanche sur sa condition dont l'aspect subversif met Marie en joie pour la journée.

Douleur

Les familles qui semblent exterieurement les plus respectables ne sont que rarement aussi lisses et calmes qu'il y parait au premier abord. Une certaine jeunesse, qu'on estime en général favorisée, mais sans but ni combat, souffre de cueillir une à une des perspectives acquises d'avance, sans jamais d'excitation, de dépassement de soi, de challenge. "Le punk est mort", "dieu est mort" et tout ce qui n'est pas mort, Lizzy peut se l'acheter avec l'argent de ses parents. Alors elle cherche dans la douleur une preuve de son existence.
Les premiers copains à qui elle a demandé de l'attacher, de la frapper, de l'asservir, de faire d'elle un objet pour l'assouvissement de leurs propres désirs s'effrayèrent de cette étrange demande. Elle qui voulait sentir que la vie n'est pas juste un long rêve enuyeux se retrouvait alors esseulée, désemparée. Elle allait, dans ce cas, se réfugier dans la salle de bain de ses parents. Elle racontait au miroir sa souffrance de petite chose abandonnée. Elle confiait à la bouteille de parfum de sa mère son malheur. Enfin, de désespoir, elle gravait sur son corps le nom de celui qui refusait d'être son amant à l'aide du rasoir de son père.
Cet antique objet de famille inscrivait ainsi sur le dernier rejeton de cette lignée le mal-être qu'elle percevait métaphoriquement comme une malédiction contre elle, inscrite dans son acte de naissance.

Publié par eXupery

Mercredi 14 octobre 2009 à 21:41

Chère madame de C., Cher monsieur F.,

J'ai bien reçu votre lettre du 13 septembre. J'ai donc bien entendu l'accusation infamante qu'elle contient de chercher intentionnellement à soutenir le parasitisme des pigeons. Je vois que vous assimilez systématiquement le dépot de matière organique à ciel ouvert à l'acte d'un déséquilibré qui voudrait subvenir aux besoins des petits oiseaux. D'humeur biblique, je vous aurais répondu que c'est une prérogative divine, et qu'il n'entre pas dans mon plan de carrière de l'usurper.
Bien que je n'estime pas avoir a justifier mes actes, je veux quand même porter à votre connaissance une multitude de motifs qui peuvent pousser quelqu'un à déposer incidemment une poignée de miettes de pain sur sa fenêtre et les y oublier. Il est d'usage dans la plus part des fermes, maisons ou châteaux de France et de Navarre d'éliminer en les jetant par la fenêtre les miettes de pain. Les peuples qu'il m'a été donné de fréquenter partagent tous ce geste, trop anodin peut-être pour qu'on parle d'us. On peut y voir au choix:
  • Une évocation de l'être vivant qui, issu de la poussière, retourne à la poussière, selon le principe énoncé par Lavoisier, qui veut que "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"
  • Une évocation de la manne non consommée que le peuple juif avait pour consigne de laisser au sol
  • Le moyen le plus rapide de débarrasser de ses miettes la planche à pain, quand la poubelle est difficile à atteindre
  • Un geste de peu de conséquence puisque le pain n'émettras pas avec le temps l'odeur nauséabonde que les reliefs d'un morceau de viande aurait produit
La liste n'est sans doute pas exhaustive.

En tout état de cause, je comprends bien que je profitais par inadvertance aux pigeons et j'ai évidement fait en sorte que cela cesse. Je vous présentes malgré tout mes plus humbles excuses pour l'inquiétude que cela vous a causé.

Cordialement,
Etienne

Publié par eXupery

Samedi 26 septembre 2009 à 20:10

Erika Von Li. Après les peoples "sérieuses" qui ont initié le mouvement, c'est les chanteuses, mannequins et maintenant stars du X qui ont "montré leurs seins pour prévenir le cancer". La campagne dure depuis plus d'un siècle et cette hardeuse à la poitrine bourrée de silicone défile à poil sur l'écran qui est planté sur le toit de l'immeuble d'en face: un moyen pour les studios Dorcel de promouvoir leurs dernières réalisations aux frais de la sécu. De mon appartement au 27ème étage, on ne voit que ça.
De la rue on la voit moins. Il faut dire qu'au niveau du sol on est tellement ébloui par les néons du ministère de l'alimentation qui indiquent qu'il faut manger 5 fruits et légumes par jour, éviter les aliments sucrés ou pratiquer une activité physique régulière qu'on ne déchiffre même pas les afficheurs de la météo qui donnent le réchauffement climatique par rapport au siècle dernier, et la pollution de l'air. On a pris 12 degrés Celsius depuis 2012. Les portions du paysage urbain qui ne sont pas couvertes par ses divers messages portent les messages de la municipalité intimant de ramasser les merdes de son chien...
Un hurlement de moteur retenti. Depuis que chaque véhicule doit porter sur ses flancs un affichage lumineux du nombre de mètres cubes de dioxyde de carbone qu'il a rejeté dans l'air au cour de la dernière heure, des jeunes s'amusent à pousser à fond les moteurs de voitures volées pendant une heure, pour obtenir le chiffre le plus haut possible.
Je pousse un peu le son du téléviseur. Chaîne musicale. Concert du philharmonique de Berlin. Ils sont obligés de jouer nus dans une église pour faire encore recette. En bas et en haut de l'écran défilent les avertissent officiel. Tiens, d'ailleurs, un nouveau slogan sur les risques de perte d'audition lorsqu'on met le son trop fort. Sur une autre chaîne, documentaire sur la mutation du VIH qui fait des ravages depuis 5 ans. Le virus au lieu de rendre l'organisme vulnérable par l'annihilation du système immunitaire, dresse maintenant les globules blancs pour attaquer les cellules normales. Dans les avertissements officiels, demain, pic de pollution. On peut être porteur pendant des années, puis la maladie se déclare et on a alors quelques heures pour agoniser dans d'atroces souffrances. Ça la journaliste ne le dit pas, mais les vidéos d'agonie de victimes sont suffisamment éloquentes. Avec ce genre de documentaires, normal que les films d'horreur aient quasiment disparu.Chaîne religieuse. Seigneur, n'oublie pas les justes qui vivent à Sodome . Rappelles les auprès de toi, avant d'abattre ton bras vengeur. Avertissement officiel: cette année +13% de morts causés par des MST. Puisses tes anges porter jusqu'à toi les voix de tes fidèles dispersés parmi les pécheurs. Autre chaîne , pitié. Duo de comiques. Intellectuellement ils ont régressé au niveau des gags du cinéma muet. Les seuls textes sont des onomatopées. Avertissement sur les risques de cancer liés à l'exposition au soleil. Autre chaîne, bordel! Porn. J'ai déjà Erika Von Li qui regarde chez moi par la fenêtre de son panneau défilant, aucune envie de subir un gros plan sur sa gueule quand elle administre goulûment une fellation. Un avertissement sur l'épilepsie et la télévision. Autre chaîne, encore et toujours. Ah, les infos... Guerre, guerre, épidémie, guerre, crise économique, encore guerre, re-épidémie, bref, comme d'habitude quoi... Un avertissement sur les virus informatiques.
La télévision m'ennuie.
Ma veste, mes clefs, mon porte carte. Dans le couloir, comme dans toutes les parties communes, les avertissements légaux sur le tapage nocturne et le tri sélectif alternent avec une campagne pour la dénonciation des violences conjugales. Je les ai haïs le jour ou les flics sont venus alors que j'étais en train de baiser. C'est pas de la violence, c'est de la tendresse. Ils ont insisté jusqu'à ce que la fille traverse mon appart' à poil pour aller chercher ses papiers, prouvant qu'elle n'habitait même pas là.
Ascenseur. Zéro. Le portier électronique me dit bonjour. Sous le haut parleur, une console d'accès internet rapide. Je vérifie les webcams de quelques bars. Le Quake est presque vide. Un mètre dans la rue et un clochard qui me demande une clope. Il insiste trois mètres. Je m'en débarrasse. Cinq mètres tranquille, avant qu'un junkie me demande une pièce. il me suit. Je m'énerve. Il me frappe. Le pauvre bougre est tellement abruti par la drogue qu'il ne sent pas les coups. Je pers prêt d'une minute à le foutre KO .
Taxi. Sur l'écran de l'autoradio, des messages défilants de prévention sur l'alcool au volant et l'usage du téléphone portable. Au dessus de la chaussée, un accident signalé à deux kilomètres. Mais allez tous crever avec vos messages de merde...

Publié par eXupery

Vendredi 19 juin 2009 à 20:45

... ou "Étude de la martyrisation et du communautarisme comme freins de l'évolution et moteurs de la stérilisation et de l'envenimement d'un débat à partir de l'étude de cas pratiques"

Porter un jugement sur les homosexuels ou les musulmans n'est pas mon propos. En la matière chacun est responsable devant sa conscience voir devant les tribunaux, s'il en vient à franchir les marges de la légalité, et je ne suis ni Jiminy Cricket, ni juge. Il ne m'appartient donc pas de condamner, et je m'en garderai comme du sida (1). Du reste, mon expérience de l'homosexualité, comme mon expérience de l'islam, se résume au côtoiement de quelques convaincus qui, s'ils s'essayèrent éventuellement à me rallier à leur cause, n'emportèrent jamais ma conversion. Malgré cela des musulmans et des homosexuels s'accordent avec moi sur mes positions, respectivement à propos de la burka et de la gay pride.

Je crains que la gay pride et la burka n'ai en soit que très peu de points communs. Toutefois, Les deux sujets sont emblématiques, chacun dans son domaine, d'un même problème. Une minorité s'estime "opprimée" (à tort ou à raison, je m'en contrefous (2)). Pour rassembler le soutien des masses, cette minorité revendique sa différence et le droit de vivre celle-ci à sa guise. La différence perçue génère de l'incompréhension. L'incompréhension crée la peur. La peur entraîne la haine. Donc la revendication d'une différence entraîne la haine.
Pour obtenir un soutien de masse, et d'éventuels droits, un être humain, muni d'un cerveau commencerait par prouver qu'il n'est pas seulement un primate parmi les autres mais un homo sapiens. Burka ou plume-dans-le-cul-sur-un-char sont deux façons différentes de dire "Je suis différent, et à peine humain". C'est à mon humble avis et ceci n'engage que moi la meilleure façon d'être sur de n'être jamais accepté.
J'en vois qui se disent "Mais non, ils ont bien du y penser, les minorités, même constituées de plus de quatre personnes ne sont pas toujours des bandes de cons" (3). Je leur rétorquerai simplement que tendre le bâton pour se faire battre, ce n'est pas de la connerie. C'est du masochisme. Puisque des minorités laissent leur image à une frange radicale qui les victimise, c'est que ces minorité préfèrent de loin les coups et le réconfort qu'ils s'apportent ensuite entre eux qu'une éventuelle intégration qui leur ôterait tout motif de se battre.
Antoine de Saint Exupéry estimait que l'être humain progressait en sagesse en se battant pour une cause. C'est un point de vue magnifique et périlleux: Qui grandi en se battant pour une cause risque d'être anéanti par la victoire de ses idées. Alors se battre pour une cause oui, mais de façon à ce qu'elle stagne le plus possible. Et c'est la que dans le combat pour leur intégration les minorités d'aujourd'hui revivent la guerre entre lOcéania, l'Estasia et l'Eurasia (4).
Coluche disait "on peut toujours trouver plus con". Et comme souvent, dans les combats pour la liberté de cul(te), ici plus con, c'est les opposants. Ça crève les yeux que les minorités sur lesquelles je viens de m'étaler (5) se battent pour la beauté du geste et avec la victoire pour seule crainte. Il suffit de ne pas résister et ils s'effondrent. vous vous êtes déjà dérobés à la poussée d'un ivrogne appuyé sur votre épaule ? Il s'étale par terre. alors pourquoi diable se débattre ? Laissez les porter des fringues inconfortables (on ne me fera pas croire que la burka en été c'est agréable) ou se marier ou que sais-je et ils vont se noyer dans le paysage, comme un Don Quichotte qui n'aurait pas de moulin à vent.

Enfin ceci est surtout vrai pour les extrémistes trublions. Mais encore une fois celui qui laisse le roi des con parler en son nom veut vraisemblablement passer pour un con. Je n'ai donc nulle raison de ne pas le traiter comme tel. Qu'il se fasse régicide, par contre, et j'irai l'applaudir lors de son procès.

Notes:
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1: Vous noterez que n'en déplaise à tous ceux qui trouvent mon avis déplacé car il doutent de ma légitimité à m'exprimer en plein XXIe siècle, alors que je serait selon eux plus à ma place il y a une ou deux centaines d'années, je suis tout à fait sensible au fait qu'ici et aujourd'hui, d'autres maux nécessitent plus de précautions que la peste bubonique.
2: Si vous vous demandez comment ou pourquoi, reprenez votre lecture un paragraphe plus tôt, au niveau de "Porter un jugement..."
3: Georges Brassens, "le pluriel", voyons!
4: J'ai pris la peine de vérifier les noms français dans wikipedia, car j'ai lu 1984 en VO. Il n'y a donc aucun prétexte valable pour n'avoir pas reconnu George Orwell.
5: Non, je vous vous venir, c'est une image, à prendre au sens figuré uniquement.

Publié par eXupery

Lundi 1er juin 2009 à 22:19



Le contenu de la playlist pourrait être amené à changer sous peu.

Publié par eXupery

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