Lundi 22 septembre 2008 à 1:06

Je cherche désespérément à me rappeler quand est-ce que j'ai fait rire une femme pour la dernière fois (je ne compte pas les éclats de rire obtenus avec les mains, ni les simples sourires). J'imagine que je dois me faire une raison: mon humour pince-sans-rire ne touche que les hommes ?

Publié par eXupery

Lundi 15 septembre 2008 à 18:52

Je reviens de vacances et il fait déjà un temps à faire de longs câlins sous la couette, entre un chocolat chaud et un recueil de Verlaine ...

Publié par eXupery

Dimanche 14 septembre 2008 à 17:17

Rien à manger...

Je suis sans ressources à cause de ma dernière récolte, qui fut particulièrement mauvaise. Je n'ai rien mangé depuis cinq jours. A sept jours de marche, en contournant les Nomanzils, se trouve la ferme de mon beau-frère. Mon seul espoir de survie est de l'atteindre en coupant au travers de ces collines maudites qui nous séparent. Aucun être humain n'est ressorti de cet endroit, ni mort ni vivant, depuis des générations. Mais si je contourne ce lieu interdit, je n'aurais pas la force d'atteindre mon but. J'ai rassemblé tout ce qui me paraissait vital pour ce voyage. Je pars à l'aube.

Je suis parti.

Comme indiqué hier soir, je suis parti à l'aube. J'ai marché toute la matinée entre les deux collines qui bordent mon domaine. Rien à signaler sinon l'étonnante normalité du paysage. Des roches, et une végétation abondante de plantes vénéneuses, comme partout dans la région. Le soleil atteignant le zénith, je me suis arrêté, comme je le fais habituellement pour manger. Faute de nourriture, je jette ces mots dans ce carnet. Il est temps pour moi de reprendre ma route. Je continuerai ce journal au crépuscule.

Premier soir dans les nomanzils.

Toujours rien à signaler. J'ai installé mon camps au milieu d'une aire rocailleuse dépourvue de végétation, comme on en trouve ça et là dans la région.La cause de la peur dans laquelle j'ai été élevé à l'égard de ce lieu m'est incompréhensible. Peut-être que si j'arrivais à en décrypter le nom, cela me donnerait un indice. On trouve parfois dans les papiers de mon arrière grand-père l'orthographe Nomans'hills. Cela m'a tout l'air d'être dérivé d'un Idiome Perdu, comme la plus part des noms de lieu dans la région... Je vais veiller toute la nuit, bien que la faim rende la chose difficile. Peut-être devrais-je allum...

Première Aube dans les Nomanzils.

Je me suis assoupis hier soir, en réfléchissant à l'opportunité d'allumer un feu. J'imagine que c'est à cause de la faim que j'ai alors fait un cauchemar dont je garde un souvenir étonnamment vif: je brûlais et j'en étais fou de douleur, courant en tous sens. Je rencontrais alors un autre moi, indemne. Je fondis sur lui, pour lui faire partager ma douleur. Les flammes qui léchaient mes mains le firent hurler quand je le saisi à la gorge. C'est à ce moment que je me suis réveillé. Ce rêve signifiait-il quelque chose ? Mon voyage est-il suicidaire ? Je dois avouer que je le crois de moins en moins, à mesure que je marche.

J'ai tué mon cauchemar !

Je viens de rencontrer et de tuer un homme en flammes. Je l'ai vu sortir d'un fourré. Il fait sensiblement ma taille et son corps est trop brûler pour être identifié plus avant. Le fourré dont il est sorti, lui, ne porte pas la moindre trace de combustion. Pourtant il brûlait réellement : je garderai toute ma vie la cicatrice sur le cou et l'épaule, de la brûlure que m'infligea sa main. Je lui ai fait lâcher prise à coups de pieds, avant de lui éclater le crâne avec une pierre. Etrange coïncidence que cette rencontre soit en tout point semblable à mon cauchemar. Je m'arreterai de nouveau au crépuscule pour poursuivre ce journal.

Peur du sommeil.

Rien à signaler cet après-midi. Je ne sais que penser de ma rencontre du matin. Croiser un homme dans ces parages est absolument invraisemblable. risquerai-je de prendre feu comme lui ? Ou était-ce une forme d'incarnation de mon cauchemar ? Dans le doute, et pour ne pas dormir, je reprends ma marche. Je jetterai sur le papier à l'aube les pensées qui me seront venues en marchant. Rester immobile dans le noir et engourdi par la faim, le froid et la fatigue me semble terrifiant  : je risque  de m'endorm...

Encore un cauchemar !

Piqué dans mon sommeil par une mouche, je sentis des ailes me pousser dans le dos, et une carapace couvrir mes membres. Tandis que j'étais paniqué par cette transformation en insecte anthropomorphe, je fus gobé par un reptile. J'étendis alors mes membres dans les siens mes bras d'insecte crevèrent ses paumes et mes ailes transpercèrent son dos. Je redressai sur mes pattes arrière ce corps de lézard agrémenté de mandibules, d'ailes et de quatre membres insectoïformes quand le rêve fut interrompu par mon réveil inopiné. Je dois continuer à marcher, mais alors que j'arrive dans une zone plus humide, je tremble au moindre bourdonnement. Je m'épuise à chasser les mouches et les moustiques qui me tournent autour.

L'attaque du lézard-mouche.

Mon nouveau cauchemar m'a attaqué. La faim et l'épuisement  faisaient battre mon sang dans  mes tempes, créant un incessant bourdonnement. J'avais cessé de distinguer les bruits de la nature  autour de moi. Je senti une griffe me lacérer le dos. En me retournant, je tombai nez à nez avec la chimère que j'avais imaginé dans mon cauchemar. Terrorisé, je tentai de la faire fuir en lui jetant des pierres. La créature se jeta sur moi. Je l'égorgeai avec mon couteau avant qu'elle ne me tue. Des flots de sang rouge de mammifère me giclèrent au visage. Etait-ce du sang humain ? Je me suis relevé de ce combat le torse lacéré par ses pattes, le visage griffé par ses mandibules et les vêtements imprégnés de son sang. Marcher. Ne plus m'arrêter. Surtout ne pas dormir. Je poursuivrai ces lignes une fois arrivé.

J'ai dormi.

Après avoir écrit ce qui précède, j'ai repris ma marche. Lorsque la nuit est tombée, j'ai continué, droit devant moi. J'ai marché toute la nuit sans faiblir, malgré l'épuisement, le froid et la faim.
Mais à l'aube j'ai trébuché sur un éboulis et me suis luxé la cheville. Comme chaque pas était douloureux, je m'étalais à plusieurs reprises. Lorsque je chus pour la quatrième fois, je massai mon articulation gonflée. Je manquai m'assoupir et reparti en boitillant. Au milieu de la journée, alors que je trébuchais à chaque pas, je voulu réitérer le massage qui m'avait soulagé un temps. Mais j'ai dormi et ai fait un cauchemar dans lequel je me faisais dévorer par une créature encore plus horrible. Cette bête était ... Elle est là ! Elle rampe vers moi ! NON ! N...
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Ce carnet fut retrouvé sur le corps de mon beau frère, lacéré par des chutes sur les rochers, brûlé par le soleil et rongé par les charognards. Il se trouvait au pied des Nomanzils, les collines maudites, au bord de la piste qui les contourne. Ma femme pense qu'il les a traversé. Personne d'autre n'en est sorti, fut-ce mort.

Publié par eXupery

Lundi 8 septembre 2008 à 15:23

Je dors debout, sous un porche d'église, la main sur la garde de ma plume - arme plus puissante que l'épée - tandis que passent devant moi des mauvais garçons sur leurs noirs destriers MBK. Un bourgeois et son épouse rentrent d'un dîner en ville dans un attelage Audi. En rupture de contrat, je n'ai pas de cause pour laquelle m'escrimer. La plus belle des causes, c'est les doux yeux d'une dame. Ma Dulcinée veux que je m'en tienne au discours galant privé. Ma pointe l'horripile quand je la met à son service. Je lève la tête pour voir caracoler deux gentilshommes aux guides d'un cabriolet Porsche. Notre Dame d'Auteuil, vierge effarouchée par mes vêtements déchirés et mon visage caché sous ma barbe et mon chapeau, tient son fils comme une adolescente porterait son petit frère, et fixe ses pieds pour ne surtout pas croiser mon regard. Rejeté par les Dieux et les Hommes, je dors debout sous un porche d'église.

Publié par eXupery

Dimanche 7 septembre 2008 à 23:01

Le temps s'est arrèté. L'aiguille jaune pousse son cadavre inanimé tout autour du cadran noir. Le bleu vif à parements rouges d'un uniforme de chef de quai indique que c'est à la SNCF qu'on doit cette grève du temps. En face de moi, tricottant de ses mandibules, une vieille araignée sécrète infatigablement une écharpe. Si le temps ne revient pas, on pourra attacher avec cette écharpe, non seulement la tricotteuse, mais aussi le couple d'adolescents figés dans un éternel baiser. On pourrait même arrêter dans ce filet les doigts de ce pianiste qui isolé dans son costume noir, et relié à la vie par un cordon ombilical rouge pendant sur sa chemise blanche, joue une symphonie boursière dont ses seuls oreilles parviennent à saisir les dividendes. D'abord un peu de SSII et de cabinets de conseil: les entreprises à vent posent la mélodie. On reprend la même phrase avec du Dassault systèmes, qui lui donne plus de corps avec son son martial. Ensuite on ajoute de la banque, pour le son métallique de l'argent. Quelle belle plus-value cela fera lors de la première ! Les punks à chien, assis par terre, devant la porte, acquiescent de la tête. A moins que ce mouvement pavlovien soit un réflexe du à la chute de menue monnaie dans la casquette qui délimite leur territoire de celui des passants.
Voila le temps ! Il retourne les carreaux noirs ornés de signes cabalistiques blancs qui recouvrent son mur. Ce signal rend la vie au château qui était jusque là plongé dans un sommeil enchanté. L'araignée roule son écharpe en boule. Le pianiste range son instrument, sur une dernière note de grande distribution. Les amoureux pleurent la fin de leur étreinte et l'inéluctable séparation qui doit suivre.
Je reste seul; j'attends le train d'après.

Publié par eXupery

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